lundi 28 novembre 2016

Meurtre à la mosquée
Chapitre 4

                En raccrochant le téléphone après sa conversation avec Stéphanie Aubut, en ce samedi matin, Roxanne savait qu’elle ne lui avait pas parlé sur le ton le plus aimable. C’est son père aussi qui l’avait énervée ! Même le lendemain matin encore elle ruminait sa mauvaise humeur contre lui et c’est cette pauvre jeune femme qui en avait subi les conséquences. Elle se promettait bien de parler à son père entre quatre yeux le plus tôt possible et subito pronto et ipso facto.
Ça ne lui était pas arrivé très souvent de se fâcher contre son père depuis qu’elle faisait partie de ses effectifs au poste de Papineauville. Il y a un trois ans et demi quand un poste d’adjointe s’était ouvert à Papineauville; de Saguenay où elle travaillait, elle avait postulé sans le dire à son père, et elle avait obtenu le poste. Il en était resté sans voix pendant une bonne partie de la semaine qui avait suivie, sans pouvoir y croire vraiment. Au fond de lui, elle le savait, il était immensément fier, et c’était un immense bonheur que de pouvoir travailler au quotidien avec sa fille ! Il la chérissait au plus haut point.
Paul avait aussi deux fils, qui travaillaient tous deux dans le domaine minier, l’un en Alberta et l’autre en Abitibi. Alexandre, l’ainé, avait étudié en géologie et à la fin de ses études, était parti dans l’ouest tenter sa chance. Il savait que les salaires y étaient considérablement supérieurs. Il travaillait pour Petrocorp, dans l’exploitation de sables bitumineux. Son deuxième fils, Xavier, avait rencontré une fille de l’Abitibi, et il était maintenant facteur à Rouyn-Noranda. Il les voyait peu, particulièrement son Alexandre exilé dans l’Ouest, pour les vacances, les temps des Fêtes, mais c’est surtout qu’il ne savait trop de quoi leur parler. Avec le divorce d’avec leur mère Monique, la vie familiale en avait pris tout un coup et les choses s’étaient inexorablement dégradées. Aujourd’hui, quand ils le voyaient toute conversation avec ses garçons tombait à plat, ce qui les frustrait et les uns et les autres.
Avec Roxanne, c’était tout à fait le contraire : ils pouvaient s’entretenir des heures durant de ce qui les passionnait tous deux : leur travail de représentant de la justice et de l’ordre. Comme on dit, ils étaient sur la même longueur d’ondes ! Surtout que maintenant, son amoureuse de Juliette, une bibliothécaire à la retraite, ne se privait pas de se mêler à leurs conversations, à poser des questions, à demander des éclaircissements sur tel ou tel point, et même parfois, à les surprendre par son intuition.
Roxanne se disait qu’elle aussi appréciait au plus haut point de pouvoir travailler avec son père au quotidien; c’était une source de grande satisfaction. Il se répétait combien elle était privilégiée et combien elle apprenait à ses côtés. Mais là, elle ne savait pas ce qui lui avait pris ! Déjà l’entendre lui demander aussi impérativement de s’occuper de trouver un ou une traductrice qualifiée, l’avait bien surprise. Ce n’était pas dans ses manières de faire. D’habitude, il la consultait, il lui demandait son avis; rarement il lui imposait une tâche de cette façon cavalière !
À cela s’était ajoutée cette conférence de presse improvisée ! Non mais, qu’est-ce qu’il lui avait pris ? Jamais il ne l’avait envoyée ainsi à l’abattoir affronter les journalistes, et surtout sans aucune préparation ! Elle avait dû obtempérer, à contrecœur, et c’est en maugréant entre ses dents qu’elle était partie affronter la troupe de journalistes qui trépignaient d’impatience dehors à la limite des cordons de sécurité. Surtout que l’heure de tombée approchait pour les bulletins de fin de soirée.
Sortant de la mosquée, Turgeon lui indique de se diriger vers la droite. Elle voit du coin de l’œil de nombreux curieux essayant de voir et de comprendre ce qui a pu se passer. Dans le lot mouvant et remuant de journalistes, elle reconnait en première ligne, Simon-Pierre Courtemanche, probablement arrivé avant les autres, un petit homme à moustache, le journaliste des faits divers d’Au courant, l’hebdomadaire de la région de l’Outaouais; elle sait qu’il fait son travail honnêtement, cherchant consciencieusement à bien informer son public le mieux possible. Sans reconnaître exactement les autres journalistes, (la plupart étant des hommes; Roxanne ne voit qu’une seule femme), Roxanne remarque aussi sur les caméras le logo des diverses chaines de télévision. Il y a une légère bousculade; en jouant du coude les membres de la presse se pressent autour d’elle comme une marmaille turbulente et chahutant sans vergogne. Une multitude de bras tenant une aussi grande multitude de micros se tend vers elle jusqu’à l’entourer de toutes parts. Tout le monde parle à la foi. De la main, elle demande le silence et commence sur un ton neutre qu’elle veut le plus possible assuré :
-Bonsoir à vous, Je suis Roxanne Quesnel-Ayotte de la Sureté du Québec et voici ce que nous pouvons vous dire pour l’instant : un appel a été logé aux services d’urgence vers vingt heures trente de soir vendredi, pour un incident à la mosquée Bashahi à Papineauville. Cet appel a immédiatement été transféré au poste de la Sureté du Québec de Papineauville et les agents sont arrivés sur les lieux quelque huit minutes après. Ils ont trouvé un corps inanimé dans une des salles du bâtiment, un corps inanimé et qui portait de marques évidentes de coups. Une ambulance a été appelée le décès a été constaté. Pour l’instant, ce décès est considéré comme une mort suspecte et une enquête a été ouverte.
À peine veut-elle reprendre son souffle que la première question fuse :
-Connaissez-vous l’identité de la victime ?
-Vous comprendrez que nous ne pouvons vous révéler l’identité de la victime parce que nous devons contacter ses proches en pre….
-Est-ce que le corps a été retrouvé dans le salle de prière ?
-Ce que nous pouvons dire pour l’instant, pour ne pas nuire à l’enquête, c’est qu’il a été retrouvé à l’intérieur de ce bâtiment en arrière de nous qui abrite une mosquée et un centre culturel musulman.
-Est-ce qu’on a retrouvé l’arme du crime ?
-Comme je l’ai dit, une enquête a été ouverte et nous en sommes à l’étape de récolter le plus grand nombre d’indices.
-Est-ce que l’imam Murama est considéré comme suspecte ?
Roxanne se tourne vers Simon-Pierre Courtemanche, celui qui vient de poser cette question. Elle pense sans rien en dire qu’il est bien renseigné.
-L’imam Murama est pour l’instant considéré comme un témoin important étant donné que selon toute vraisemblance c’est lui qui a découvert le corps. Nous allons bien sûr procéder à son interrogatoire et ses réponses vont certainement permettre à l’enquête de progresser.
-Est-ce que c’est lui qui a appelé les services d’urgence ?
Et ainsi de suite durant une bonne vingtaine de minutes. Quand enfin le flot de questions s’est tari et que les journalistes sont repartis soit pour écrire un article soit pour terminer leur reportage, Roxanne n’avait qu’une seule envie : retrouver son père pour lui dire et l’étrangler allégrement !... Mais ça devra attendre.

Lorsque la voiture de police qui était venue la chercher la dépose dans le stationnement, Stéphanie Aubut ne s’attendait certainement à voir une telle cohue à son arrivée au poste de la Sureté du Québec de Papineauville, environ une heure et demi plus tard après sa conversation avec Roxanne : il y avait là au moins une cinquantaine de personnes qui gesticulaient, se bousculaient, vociféraient, s’invectivaient et parlaient toutes à la fois dans un désordre parfait et une cacophonie inénarrable. Certaines femmes, le voile sur la tête criaillaient les bras dans les airs et d’autres se frappaient la poitrine. Les hommes lançaient des menaces le poing levé. Le poste de police débordait : il y avait des gens partout, des femmes, des hommes, des enfants, dedans, dans le hall d’entrée dehors, sur le trottoir, dans la rue. Et tous ces gens parlaient un mélange confus et incompréhensible polyglotte dans lequel elle percevait de l’arabe, de l’ourdou, du pendjabi et probablement du pachto. Parfois, on entendait une exclamation en anglais.
Tous ces gens sont des membres de la communauté musulmane venus protester contre le sort infligé à leur imam. Hier soir, pendant que son équipe relevait les indices dans la mosquée et le centre culturel, Paul s’est retrouvé, devant un dilemme : il ne pouvait remettre l’mam en liberté sans avoir eu au préalable son témoignage, et en même temps il ne pouvait l’interroger sans l’aide d’un traducteur professionnel et indépendant. Il s’est finalement résigné à amener l’imam au poste pour une nuit qu’il devra passer en garde à vue. Apprendre par l’entremise de Nawaz Ayub Zardai qu’il serait fait « prisonnier » a alors mis l’imam dans tous ses états. Il n’en était pas question ! Il n’avait rien fait ! Le calmer devenant une tâche impossible, Paul a finalement dû demander à ses agents, ce qu’il déteste faire, de le maîtriser et de l’empoigner pour l’amener dans la voiture et le conduire au poste. Tout cet épisode attristant l’avait mis de mauvaise humeur, et lui faisait entrevoir une enquête dure, longue et pénible, et délicate. Lorsqu’ils avaient pu finalement faire le point avec Roxanne, un peu plus tard, ils avaient conclu qu’il ne fallait pas trop élaborer et que c’était mieux d’attendre au lendemain.
Le lendemain, ils avaient chacun des tâches urgentes à accomplir : Paul était s’enquérir de l’humeur de l’imam Murama et Roxanne s’était plongée dans les répertoires du Gouvernement. Quand elle était venue lui dire sur le pas de sa porte qu’elle avait trouvé une traductrice d’ourdou, Paul l’avait remercié et ce fut tout.
Stéphanie se disait qu’elle aurait bien de la peine à se frayer un chemin au travers une telle densité de foule.
L’un des policiers la conduit vers une porte dérobée et la fait entrer dans le poste. Roxanne lui tend la main.
-Bonjour, je suis Stéphanie Aubut, on m’a téléphoné, il y a une heure.

-Oui, madame, c’est moi qui vous ai appelée; on va avoir besoin de vos services. Venez le directeur Quesnel vous attend.

lundi 21 novembre 2016

Meurtre à la mosquée
Chapitre 3

-Tilitilitilitilitilitilitilitili….
-Pourquoi faut-il toujours que ce foutu téléphone sonne quand on est sous la douche ? Il doit y avoir une conspiration quelque part.
Stéphanie Aubut venait tout juste de se mettre du shampooing dans les cheveux, en ce dernier samedi matin d’octobre, lorsqu’elle a entendu le téléphone sonner. Normalement, son conjoint Jeannot aurait dû répondre, mais il était : Zut de zut de flûte de flûte, parti passer la fin de semaine à Québec. Son père, installé dans un centre de soins de longue durée depuis quelque temps déjà, allait de moins en moins bien, et quelques jours auparavant sa mère avait téléphoné, passablement bouleversée, après qu’il eut attrapé une très mauvaise grippe, en demandant à son fils de passer le plus tôt possible.
-Agathe est-ce que tu peux répondre ? C’est sans doute papa qui appelle.
-Mais maman, je regarde mes émissions !
-Je sais, mais dis à papa que je suis dans ma douche.
-Hon, hon, hon, hon… Allo ! Papa ! Maman est dans la douche !
-…
-Maman ! C’est pas papa. C’est une femme.
Mais qui est-ce que ça peut bien être si tôt un samedi matin ?
-Allo ! (En fait, intérieurement, Stéphanie, avait plutôt dit : À l’eau ! )
-Madame Stéphanie Aubut ? C’était en effet une voix de femme jeune qui essayait de se faire pardonner de la déranger un samedi matin.
-Oui, c’est moi.
-Bonjour, je suis Roxanne Quesnel-Ayotte, officière de la Sureté du Québec au poste de Papineauville; je suis désolé de vous déranger si tôt le matin. Je vous appelle de la part du directeur Paul Quesnel et pour le secteur des homicides. On aurait besoin de vous en tant qu’interprète.
Le cerveau de Stéphanie se met finalement en branle, mais elle n’arrive pas à saisir parfaitement.
-Le secteur des homicides ? De Papineauville ? Je ne comprends pas.
-Vous êtes bien madame Stéphanie Aubut, n’est-ce pas ?
-Euh, oui…
-Nous avons trouvé votre nom et numéro de téléphone dans le répertoire de l’Agence fédérale de l’immigration pour laquelle vous servez d’interprète qualifiée au besoin.
-Oui, c’est vrai; mais c’est pour traduire de l’ourdou au français.
Stéphanie avait fait une maîtrise en littérature ourdou à l’Université de Montréal puis un doctorat et avait forcément appris à parler cette langue durant ses études. Elle s’était intéressée à cette civilisation lors d’un voyage en Indes qu’elle avait fait pendant ses années au CEGEP. Mais la civilisation indienne lui avait vite parue trop complexe dans son ensemble et elle s’était concentrée sur l’ourdou, parlé dans le nord de l’Inde et une bonne partie du Pakistan. Plus de 165 millions de personnes utilisent l’ourdou pour communiquer et c’est la langue maternelle de près de 80 d’entre elles. Ainsi, depuis la fin de sa maîtrise, elle servait d’interprète pigiste pour Immigration Canada dans bien des cas de personnes qui demandaient le statut de réfugiées pour rentrer au pays. Ce n’était pas toujours facile, car il y avait beaucoup d’idiomes et d’accents différents, mais avec le temps au cours de ces cinq dernières années elle était devenue de plus en plus appréciée. Depuis deux ans, Jeannot et elle avaient déménagés à Gatineau située en face de la capitale Ottawa, de l’autre côté de la rivière des Outaouais, car c’est là qu’avaient lieu la plupart des entrevue.
Roxanne poursuivait.
-Oui, c’est exactement ce dont on a besoin; nous avons avec nous un imam qui a passé la nuit chez nous au poste de la Sureté du Québec à Papineauville… Et nous voulons l’interroger au plus vite concernant une histoire de meurtre. Alors on a besoin d’une interprète qualifiée qui ne soit pas de la famille.
-Et pourquoi moi ? Et maintenant ?
-Pourquoi vous ? Parce que les interprètes de l’ourdou sont assez rares, et oui, maintenant : il s’agit d’un meurtre qui a eu lieu hier soir et il est urgent de procéder à l’interrogatoire de ce témoin.
-Mais je ne peux pas venir maintenant. Je suis seule à la maison avec deux jeunes enfants et de plus…
-Est-ce que vous avez une gardienne habituelle ?
-Oui, c’est sûr, mais…
-Et bien essayez de la rejoindre et demandez-lui de venir; tous vos frais seront rajoutés à votre rémunération. Il y a déjà une voiture de la Sureté du Québec en route pour venir vous chercher.
-Bon, bon; je vais voir ce que je peux faire. Donnez-moi vos coordonnées… Je téléphone à la gardienne et j’attends la voiture.
-Parfait, madame; on vous attend.

Roxanne raccroche l’appareil légèrement contrariée. Oui, elle est désolée d’avoir déranger cette pauvre Stéphanie Aubut tôt le samedi matin, mais la fin de la soirée avait été passablement mouvementée et elle avait peu et mal dormi. Le médecin légiste était arrivé et avait confirmé ce que tout le monde savait que l’homme poignardé était mort; l’autopsie devrait confirmer qu’il était décédé du ou des coups de poignard qu’il avait reçu. Puis les infirmiers se s’étaient occupés du corps et l’avaient transporté à la morgue plutôt qu’à l’hôpital. Elle avait ensuite passé au peigne fin avec Isabelle et Turgeon le lieu du crime, le bureau dans lequel on avait trouvé le corps, dans l’espoir d’y trouver des indices. Elle avait fait un relevé des empreintes sur les poignets des deux portes, celle du bureau et celle qui donnait sur l’extérieur; Il ne fallait pas négliger cette piste. Mais la scène du crime avait tellement été bouleversée par les interventions de l’imam, qu’elle accomplissait cette tâche plus par acquis de conscience que par conviction.
Pendant ce temps son père avait terminer l’interrogatoire de monsieur Nawaz Zardai.
-Donc hier soir, vendredi, comme d’habitude, vous aviez une rencontre de prière ?
-Oui, sans doute savez-vous que le vendredi est pour nous les musulmans un jour aussi important que le dimanche pour les chrétiens ou que le sabbat pour les juifs. Vendredi en Islam est un jour de fête très important. D’ailleurs il y a une sourate dans le Saint Coran qui lui est consacrée pour montrer son importance. Ainsi, la prière du vendredi est une prière collective; elle se tient chaque vendredi… en fait, elle devrait se tenir au début de l’après-midi, mais dans beaucoup de pays occidentaux, à cause des horaires de travail, on l’a déplacée en début de soirée. Tout le monde participe à cette prière, tous les membres de la communauté. Pour les hommes, cette prière du vendredi est obligatoire, et pour les femmes elle est souhaitable.
-Les femmes se tiennent au balcon qui leur est réservé, c’est ça ?
-Oui, en effet.
-Ce sont donc les hommes qui sont dans la salle principale du rez-de-chaussée ?
-Oui, c’est exact.
-Alors Amir Mawami a facilement pu sortir pour s’en aller dans le bureau on l’a retrouvé durant la prière.
-La prière du vendredi se caractérise par divers rituels de génuflexions et des prières proprement dites, mais surtout par un sermon prononcé par le prédicateur, par l’imam de la mosquée. Amir profitait souvent de cette prêche pour faire ses comptes dans son bureau.
-Faire ses comptes ?...
-Oui, il arrive fréquemment que les gens arrivent à la mosquée avec leur dû, la zakat, qui est une aumône que l’on donne pour l’entretien de la mosquée et pour secourir les pauvres; et plusieurs personnes apportent leur dû en espèce… C’est comme ça. Et Amir Mawami est celui qi les récolte et les compte.
-Et il y a beaucoup d’argent ?
-Je ne sais pas exactement… Plusieurs centaines de dollars probablement; il faudrait vérifier dans les comptes de la mosquée. Vous croyez que le vol pourrait être le motif de ce crime ?
-Pour l’instant je ne sais rien, mais il ne faut rien exclure.
Ensuite Paul avait fait comprendre à moitié en anglais et à moitié par geste à l’imam Murama qu’il devrait venir avec lui au poste de la Sureté du Québec. Il essayait de lui faire comprendre qu’il n’était pas suspect, mais qu’il était préférable pour l’enquête qu’il ne parle avec personne de la communauté pour ne pas que son témoignage et le leur soit faussé. Ça n’avait pas fait son affaire à l’imam quand il avait compris qu’il devrait aller au poste de police, il avait protesté avec force gesticulations et vociférations; il avait appelé Nawaz Ayub Zardai à sa rescousse, mais celui-ci ne pouvait guère lui venir en aide ni contredire la police.
Et la soirée n’était pas terminée, certes non !
Un attroupement s’était formé devant la mosquée de curieux attirés comme des mouches par les gyrophares, sans compter que la nouvelle avait commencé à circuler dans la communauté musulmane. Et de plus, les journalistes étaient qui exigeaient des informations de la part de la police.

Paul avait délégué sa fille pour répondre à leurs questions.

lundi 14 novembre 2016


Meurtre à la mosquée

Chapitre 2

À peine huit minutes, après le coup de téléphone de Nawaz Ayub Zardai au 911, la sirène de deux autos-patrouille se fait entendre. Le service d’urgence avait transmis l’appel au poste de la Sureté de Québec. Le policier qui avait répondu avait tout-de-suite fait signe à Roxanne Quesnel-Ayotte était l’officière de garde ce vendredi soir-là. La mosquée de Papineauville n’est qu’à quelques pâtés de maison du poste de police. Juste le temps de faire aller les gyrophares et les voilà arrivés. Comme il s’agissait vraisemblablement d’un homicide, les policiers étaient à deux voitures de police; Roxanne était montée avec Daniel Turgeon et elle avait demandé aux agents Isabelle Dusmenil et Sébastien Grenier de monter dans l’autre. Et comme ne fallait pas laisser le poste de police sans aucune voiture disponible et par mesure de précaution, elle avait aussi alerté les deux autres équipes qui étaient en patrouille dans la région et leur faisant dire s’en revenir au poste de Papineauville et de se tenir prêtes à leur venir en aide.
Nawaz est déjà dehors, sur le parvis. Il fait signe aux policiers.
-C’est vous Nawass… Nawaz… Ayub... Zardai ? Excusez-moi, ma prononciation ne pas être très bonne.
-Ça ne fait rien. Oui, c’est moi qui ai téléphoné. Venez vite ! le corps dans le bureau en arrière du bâtiment. Nous allons passer à travers la mosquée.
Roxanne et Turgeon le suivent à l’intérieur; elle indique aux deux autres de rester dehors et d’empêcher quiconque de pénétrer dans la mosquée. La mosquée a pignon sur une rue qui longe le centre d’achat, ce qui est fort pratique pour y parvenir; la communauté a été obligée de négocier un arrangement avec les propriétaires du centre d’achat pour utiliser quelques places de stationnement les vendredis. Une entente qui sera bientôt temporairement suspendue alors que le magasinage des Fêtes débutera la semaine prochaine. La mosquée est un bâtiment assez conventionnel avec une façade sans grand éclat si ce n’est la double porte principale élégamment ouvragée. La seule chose qui la différencie vraiment, c’est son minaret dans le coin doit de la façade, qui n’est pas très élevé, réglementations municipales obligent, mais qui nul ne peut s’empêche de remarquer tant il semble incongru dans cet environnement urbain.
-C’est vous qui avez trouvé le corps ? demande Roxanne à leur guide
-Non, c’est l’imam Murama. Moi, je suis venu à son appel.
-Pourquoi il n’a pas appelé la police lui-même ?
-Je crois qu’il était un peu paniqué.
-Où se trouve le corps ?
-Venez, je vais vous montrer.
Une fois la double porte franchit, on arrive dans un hall qui fait toute la largeur du bâtiment; certainement l’endroit où les gens se déchaussent, ou se dévêtent en hiver. À droite au fond de ce hall d’entrée, Roxanne aperçoit un escalier au fond qui monte au balcon. Il y a aussi une autre porte face à l’entrée principale, probablement pour rentrer dans la salle principale, mais Nawaz les dirige plutôt vers la gauche où un couloir prolonge à angle droit le hall d’entrée. Au bout de ce couloir se trouvent deux portes qui se font face. En jetant un coup d’œil à droite, Roxanne, s’aperçoit qu’ils ont longé la salle principale; elle un peu plus longue que large, haute de deux étages, on n’y voit pas beaucoup de meubles, mais des tapis sur le sol. Une niche dans le coin à droite opposé à l’entrée presque qu’en face de la porte par où regarde Roxanne, d’où l’imam fait ses prêches. Rapidement elle voit une petite colonnade qui soutient le balcon.
-Voici la salle de prières, confirme Nawaz; et voici l’imam Muhammad Ali Murama, c’est lui qui a trouvé le corps.
L’imam se tient très droit immobile, comme prostré, tout seul dans la salle, la tête basse, les avant-bras croisés sur sa poitrine. Il lève à peine les paupières à l’arrivée des policiers. Il semble les saluer d’un hochement de tête, mais Roxanne se dit que ce geste pourrait bien faire simplement partie de ses incantations. Ce qui surprend le plus Roxanne ce sont le traces de pas ensanglantés.
En leur indiquant l’autre direction, Nawaz prévient les policiers :
-Attention, il y a du sang dans le couloir; l’imam a beaucoup marché. Mais à part ça je crois que "les lieux du crime", comme on dit, sont restés intacts.
Roxanne écarquille les yeux; elle et son coéquipier ne peuvent que se rendre compte, en effet, que l’imam « a beaucoup marché » : le couloir est rouge, rouge de sang, de traces de pas qui semblent aller dans toutes les directions.
-Ici, c’est le centre culturel, reprend Nawaz Zardi. Nous longerons la bibliothèque à droite et la salle d’étude et à gauche ce sont les bureaux administratifs. Le corps est dans le deuxième bureau là où la porte est restée ouverte.
-Restez ici, je vais longer les murs et marcher le plus possible sur les côtés pour ne pas rendre les lieux pires qu’ils le sont, dit-elle.
En marchant sur le bord du mur pour ne pas marquer les sol de ses empreintes, Roxanne se rend jusqu’à la porte en question. Devant, elle s’arrête. En voyant le corps ensanglanté, lâchement écrasé sur sa chaise, elle a petit un mouvement de recul incontrôlé et laisse échapper une exclamation.
-Vite, Turgeon appelle une ambulance. Et appelle Samuel, qu’il vienne avec son appareil de photo. Moi, j’appelle mon père, il faut qu’il vienne tout de suite.

-Allo, papa ? C’est moi. Il faut que tu viennes à la mosquée, tout de suite !
Juliette a commencé à faire lire à Paul les classiques de la littérature mondiale, des Raisins de la colère aux Misérables, en passant par 1984, La vie devant soi, Cent ans de solitude, Don Quichotte, L’Étranger et Germinal, et lui en échange il fait son éducation cinématographique. Au moment de l’appel de Roxanne, ils étaient bien gentiment en train de regarder L’arbre aux sabots, le chef-d’œuvre de Ermanno Olmi, une bouteille de vin sur la petite table du salon de sa maison de Plaisance.
-Papa, tu sais que je ne te dérangerai par pour rien.
-Oui, j’arrive…
Il raccroche.
-Je suis désolé, Juliette; l’autre femme de ma vie a besoin de moi !

Le corps est affalé sur la chaise, la tête pendant affreusement en arrière; la bouche est restée grande ouverte comme si elle voulait aspirer tout l’air possible, les gras ballant. Il a une large blessure à l’abdomen, d’où suinte encore le sang. Le bureau n’est pas très grand, les murs sont de couleur ocre; une fenêtre dans le mur arrière donne sur une petite cour et l’on voit, plus loin, les lumières de quelques maisons de l’autre côté. Le soir d’automne est tombé. Il y a un ordinateur sur le bureau, encore allumé; des papiers jonchent le bureau, un tiroir est resté ouvert. En plus de la chaise sur laquelle git la victime, Roxanne en voit deux autres dans le coin près de la fenêtre. Il y a plusieurs affiches sur les murs, des inscriptions qui lui semble en arabe, des illustrations, la photo de ce qui semble être une mosquée au Moyen-Orient.
Son père arrive qui regarde la scène à son tour. On entend la sirène de l’ambulance dans la nuit.
En faisant bien attention où elle pose les pieds Roxanne va constater, ce dont elle ne doute pas, que cet homme est mort.
En pointant la porte à l’extrémité du couloir, Paul demande à Nawaz :
-Je suppose que cette porte donne sur l’extérieur, n’est-ce pas ?
-Oui, c’est ça.
-Turgeon dit aux ambulanciers de contourner le bâtiment et de passer par ici; je vais leur ouvrir la porte.
Roxanne intervient : « Mais dit leur d’attendre un peu, il faut prendre les photos avant.

Samuel arrivera quelques instants plus tard, et photographiera la scène sous toutes les coutures; puis les ambulanciers s’occuperont du corps. Devant la mosquée; il y a déjà un petit attroupement de curieux attirés par les gyrophares.
               
-Savez-vous de qui il s’agit ? demande Paul à Nawaz Ayub Zardai.
-Oui, bien sûr; c’est Amir Mawami, le gestionnaire de la mosquée et du centre culturel. C’est un membre bien en vue de noter commuanuté.
C’est vous qui avez trouvé le corps ?
-Non, c’est l’imam Muhammad Ali Murama.
-Bon, on va aller le voir.
L’imam Murama est toujours prostré dans la salle de prières. À leur arrivée, il regarde par en-dessous désemparé.
-Bonsoir, imam. Dites-moi ce qui s’est passé…
-Attendez, monsieur l’inspecteur, je vais traduire. L’imam ne parle pas le français, et pas beaucoup l’anglais.
-Vous dites qu’il ne parle ni le français, ni l’anglais, mais comment on va faire pour l’interroger ? C’est lui le principal suspect.
-Mais je peux traduire si vous voulez.
-Non, je ne peux me fier sur ce que vous dites. Vous faites partie des témoins dans cette affaire. Il me faudra un traducteur autorisé. Pour l’instant qu’il reste ici.
Il se tourne vers Roxanne :

-Peux-tu me trouver ça ? Vous, monsieur Nawaz… dites-moi vous ce que vous savez. Mais attention, je dois vous avertir que vous n’êtes pas obligé de répondre et que tout ce que vous direz pourra se retourner contre vous.

lundi 7 novembre 2016

Meurtre à la mosquée
David Fines

Chapitre 1
                - ہے بھگوان، کیا ایک کہانی، کیا ایک کہانی، کیا ایک آفت! کیا ایک تباہی! یہ ممکن نہیں ہے. کوئی یہ ممکن نہیں ہے. اسے اس سے کیا جا سکتا تھا جو کون ہے؟ آہ، اللہ ہم پر رحم کرے
                Ainsi se lamente, à hauts cris et moult gesticulations, l’imam Muhammad Ali Murama de la mosquée Badshahi de la rue Provencher à Papineauville. Il vient de trouver le corps de son trésorier Amir Mawami poignardé à mort dans son bureau et baignant dans son sang. L’imam ne peut en croire ses yeux : une vision d’enfer - ou du jahannam, ce lieu qui possède sept portes et qui est destiné aux mécréants comme châtiment suprême. Complètement désemparé, il crie, il lève les bras, les rabaisse, les relève en vociférant; il agrippe sans ménagement le corps inanimé et le secoue comme pour lui faire reprendre vie miraculeusement avec force imprécations. Il laisse retomber le corps de son gestionnaire et sort dans le couloir poursuivant ses jérémiades les bras levés.
                - اہ لارڈ, تاریخ, کیا کیا, آفت! کیا آفت! یہ ممکن نہیں ہے. کوئی یہ ممکن نہیں ہے. ہے جو کہ سکے کہ گیا ہے? اہ افسوس ہے کہ اللہ تعالی نے امریکہ کے
                (Ah Seigneur, quelle histoire, quelle histoire, quelle catastrophe ! Quelle catastrophe ! Ce n’est pas possible. Non ce n’est pas possible. Qui est-ce qui a bien pu faire ça ? Ah, qu’Allah ait pitié de nous !!)
                C’est un homme élancé, à la peau légèrement olivâtre, à la barbe bien taillée. Dans la mi-trentaine, il prend soin de sa personne, il se garde en bonne santé, même s’il a dû s’adapter à un nouveau régime alimentaire. Homme cultivé et d’éducation académique solide, là, il se sent dépassé. Il va et revient à grands pas complétement désorienté, les bras en l’air, l’air hagard, les yeux écarquillés, tout le long du couloir à pas pressés de ses longues jambes dans sa djellaba battante. Son turban blanc déjà tout de travers commence à se défaire. Un meurtre dans une mosquée ?! Non, vraiment ce n’est pas possible ! Ma mosquée, la voila souillée par le sang ! Jamais, jamais je n’aurais cru ça possible ! Dans quel monde vivons-nous ?
                Soudain, l’imam Murama s’arrête en regardant les traces sanglantes que laissent ses semelles d’un bout à l’autre couloir, traces qu’il répand davantage à chacun de ses passages. Que peut-il faire ? Que peut-il bien faire ? Samir était son homme de confiance depuis qu’il est imam à la mosquée Badshahi, il y a presque deux ans. C’est à lui qu’il fait appel dans toute situation d’urgence. Quelle ironie, c’est à lui qu’il aurait demandé d’intervenir dans une telle situation ! C’est sur lui qu’il se repose en toute occasion qui n’est pas du domaine religieux. C’est sur lui qu’il se fie pour toutes les questions d’intendance, d’entretien de la mosquée, ce qui le laisse libre, lui, de s’occuper des besoins spirituels et de l’accompagnement de ses ouailles; ce qui lui laisse le temps de préparer les prêches des cérémonies du vendredi comme celle qui vient juste d’avoir lieu. Il venait de terminer la cérémonie et, à la porte de la mosquée, il avait dit au revoir et bonsoir à la trentaine d’hommes de tous âges qui y ont assisté. Les femmes, et les jeunes filles, il ne leur serrait pas la main; elles quittaient la mosquée aussi discrètement qu’elles y venaient et rejoignaient leurs maris et pères sur le trottoir. Et c’est là en revenant à son bureau pour parler des affaires de la soirée qu’il a trouvé le corps poignardé de son trésorier, dans une mare de sang qui s’étend maintenant presque sur tout le plancher du bureau et qui continue de s’étendre.
                Oui, il s’en souvenait, il l’avait bien vu s’esquiver au milieu de la cérémonie, mais il n’y avait pas prêté attention, car c’était bien là dans les habitudes d’Amir; il y avait toujours quelqu’un à voir, quelqu’un à rencontrer, des détails de dernières minutes, des problèmes à régler; il voyait à tout; il lui était indispensable. L’imam Murama ne s’était même pas étonné de ne pas le voir pour les bonsoirs et les salutations d’usage après la cérémonie; il s’était dit que quelque chose le retenait dans son bureau comme cela arrivait de temps en temps. Il reprend son va-et-vient toujours braillant, vociférant, gesticulant du bureau au couloir et du couloir au bureau. Que peut-il bien faire ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Il reprend le corps dans ses bras, mais le relaisse tomber en un geste de rageuse impuissance. Il s’essuie sur ses mains sur sa djellaba, ce qui n’a que pour effet de n’y mettre encore davantage de sang.
                - ہے. کوئی یہ ممکن نہی…
                Il ne peut téléphoner à la police, il ne serait en être question et puis d’ailleurs il serait bien incapable de la joindre, ni appeler les secours, ni même faire le numéro d’urgence 911; il ignore qu’un tel service existe. Il est arrivé à la mosquée de la rue Provencher, il y a maintenant presque deux ans directement en provenance du Pakistan, invité par la communauté Badshahi et s’est attelé immédiatement à sont travail à temps plein. Et c’est corps et âme qu’il s’est consacré à son objectif de consolider, de mettre sur pied cette communauté naissante qui essayait tant bien que mal de s’organiser, de se structurer. Il avait bien eu un prédécesseur mais qui était parti précipitamment pour New-York après quelques semaines seulement. Oui, il s’est attardé de toute son énergie, de tout son temps, à cette noble tâche de rendre viable une nouvelle communauté de fidèles; et les résultats commencent à se faire voir. Sa jeune femme, Gunda, s’occupe de lui préparer ses repas; elle voit au quotidien aux tâches ménagères; il n’a pas besoin de se soucier des détails de la vie quotidienne. Et avec leur deuxième enfant en route… Et il a, ou plutôt avait, Amir qui s’occupait de toute l’intendance de la mosquée. Il lui était indispensable ! Tout son univers, depuis qu’il est arrivé à Papineauville s’est réparti entre la mosquée, sa maison, à quelques coins de rues, et les diverses résidences des membres de sa mosquée. Il n’a guère pris le temps de visiter la ville, de connaître son nouveau pays, de faire connaissance, de prendre le pouls de la société. Il est allé quelques fois à Montréal pour des réunions au Islamic Centre of Québec ou à Ottawa pour des rencontres avec les officiels de son organisation religieuse.
                Déjà près d’une heure qu’il se lamente, qu’il gémit, qu’il geint, sortant et rentrant du bureau marchant à pas rapides dans le couloir jusqu’à la porte qui mène à la salle principale de la mosquée, sans savoir quoi faire, totalement décontenancé; près d’une heure qu’il se récrimine et pleurniche. Il commence à être fatigué, la tête lui tourne, et cette odeur de sang quie se répand partout.
- آفت! کیا ایک تباہی
Il faut bien faire quelque chose. De guerre lasse, de retour dans la salle principale de la mosquée, il s’affale par terre appuyé contre un pan de la porte, la tête entre ses genoux osseux. Il ne peut quand même pas sortir et crier à l’aide dans la nuit.
Soudain il arrête de se lamenter. Il se décide enfin à appeler l’un des membres les plus fidèles de la communauté. Voilà ce qu’il va faire. Où est sa liste de numéros de téléphone ? Il sort son téléphone cellulaire et trouve l’application qui le mène à son bottin personnel. Surtout, à tout prix, éviter le scandale. Surtout ne rien dire aux autres. Surtout ne pas appeler la police. Surtout…
                Il trouve le numéro téléphone et le compose. Ses doigts poisseux et collants du sang de son trésorier mort l’obligent à recommencer plusieurs – surtout qu’il a souillé son écran de tâches de sang qu’il doit essuyer avec sa manche – jusqu’à enfin pouvoir composer la bonne suite des numéros. Ça sonne. Pourvu qu’il soit à la maison. Pourvu qu’il soit chez lui.
                -Salam…
                D’une voix saccadée, haletant, ahanant, l’imam Murama lui décrit ce qu’il voit dans le bureau.
ایک جسم، سمیر کے جسم میں توسیع ...... پیٹ میں چھرا مارا ... اور باقی خون، تمام خون ہر جگہ بہہ. آو، آو. مجھے کیا کرنا نہیں جانتے! یہ خوفناک ہے، اللہ کی رحمت ہو سکتا، کیا ایک آفت! اللہ ہم پر رحم فرمائے. یہ خوفناک ہے. وہ مر چکا ہے، وہ مر گیا. انہوں نے میری مسجد، میری مسجد میں اس کو مار ڈالا!
(Un corps, le corps de Samir… étendu… poignardé dans le ventre… et tout ce sang, tout le sang qui coule partout. Venez, venez. Je ne sais pas quoi faire ! C’est affreux, qu’Allah ait pitié, quelle catastrophe ! Qu’Allah ait pitié de nous. C’est affreux. Il est mort, il est mort. On l’a tué, dans ma mosquée, dans ma mosquée !)
                Nawaz Ayub Zardai ne comprend pas tout distinctement ce que l’imam lui raconte, mais il perçoit la terreur dans sa voix. Il lui demande de répéter et lorsque finalement il comprend, immédiatement, il lui dit qu’il va raccrocher, qu’il vient le plus vite possible, de ne pas bouger et de l’attendre.
                - جی ہاں، میں آپ کی توقع.
(Oui, oui, je vous attends.)

                Nawaz ne peut en croire ses yeux. Amir Mawami est étendu de tout son long, les jambes arquées, un bras replié au-dessus de sa tête, ce qui lui donne une allure un peu grotesque, contre son bureau de travail; il a les yeux grands ouverts; et tout ce sang répandu partout, toutes les traces rouges de pas dans le couloir, ce sang sur la djellaba de l’imam et ce sang sur le bureau, sur les papiers éparpillés, sur le plancher, sur la porte, sur les murs, sur les tapis du couloir. Il ne peut réfréner une exclamation :
                - ہے بھگوان، ils l’ont saigné à mort.
                -Mais qu’est-ce qu’on va faire ? Qu’est-ce qu’on va faire ? reprend l’imam Mussama d’une voix tremblante.
Il n’y a pas à dire, il est bel et bien mort, se dit Nawaz en se penchant sur le cadavre essayant de toucher le moins de choses possibles.
Et comme si l’imam suivait ces pensées : « Il est mort, Nawaz, il est mort. »
-Oui, et non seulement il est mort mais il a été poignardé. Ce qui veut dire que quelqu’un l’a tué.
-C’est affreux, c’est épouvantable ! Qui a bien pu faire ça ? Mais qui a bien pu faire ça ?
-Il faut appeler la police.
-Non ! Pas la police, pas la police ! Ça va faire tout un scandale.
-On ne peut faire autrement, imam. Il s’agit un meurtre; si on ne le déclare pas, ça sera pire.
-Non, n’appelez pas la police; ce serait une profanation.
-Imam, on ne peut pas se débarrasser d’un cadavre comme ça. On est au Canada ici. C’est impossible !
-Qu’Allah aie pitié de nous ! Qu’Allah aie pitié de nous !
Nawaz sort won téléphone. L’imam ne réagit plus, atterré, amorphe, apathique. C’est trop d’émotions. C’est trop d’émois pour lui. Nawazil pitonne 911.
-Services d’urgence, bonsoir.
-Oui, euh… je voudrais avoir la police.
- Est-ce qu’il y a eu un accident ?

-Oui, on vient de commettre un meurtre à la mosquée.