lundi 15 septembre 2014

Haïti chérie

Je ne suis allé qu’une seule fois en Haïti, c’était en 1981; le pays était encore sous le régime de Duvalier. J’y suis allé dans le cadre d’une visite organisée de membres de mon Église pour aller observer la situation sur place auprès de communautés chrétiennes et de pasteurs. Puis nous devions faire rapport, au retour, de ce que nous avions vu dans un but de conscientisation, dans nos différents milieux. Le groupe était formé de douze personnes de toutes les régions du pays; la leader s’appelait Kathryn. Je me souviens que non seulement, j’étais le plus jeune du groupe, mais j’étais aussi le seul francophone au milieu d’anglophones. Je savais donc que je servirais d’interprète tout au long du voyage.
J’ai toujours aimé voyager, j’ai toujours aimé découvrir de nouveaux coins de ce vaste monde. S’il fallait aujourd’hui que je fasse le décompte de tous les pays que j’ai visités, je dépasserais certainement la trentaine. À chacun de mes voyages, j’essaye toujours de voir deux ou trois endroits différents. Avant ce séjour en groupe dans « la perle des Antilles », j’étais donc parti visiter des connaissances en Floride, qui m’ont amené jusqu’à Key West; ensuite, avec ma tente et mon sac de couchage, j’ai fait  du vrai camping sauvage en Jamaïque. Au terme de ces trois semaines, je devais partir pour Haïti. Les horaires de vols d’avion ont fait que je suis arrivé en Haïti deux jours avant le groupe. Ainsi, j’avais deux jours devant moi, juste pour moi.
Nous allions loger, durant notre temps passé à Port-au-Prince, au l’hôtellerie de Saint-Vincent, une école pour enfants handicapés tenu par une communauté de sœurs catholiques. J’y suis arrivé en taxi de l’aéroport tout juste avant midi. On ne m’attendait pas avant deux jours, mais on m’accueille quand même et  je peux m’installer pour attendre le groupe. Je découvre une chambre extrêmement bien entretenue et méticuleusement rangée. Après m’être rafraîchi, je descends manger au réfectoire. Là, je trouve quelques étrangers, notamment un pianiste américain, Derek, un solitaire original qui enseigne la musique aux enfants de l’école. Nous aurons plusieurs conversations passionnantes ensemble dans les jours suivants et nous nous lierons d’amitié, si bien que nous resterons en contact de nombreuses années après mon retour au pays.
Après une petite sieste durant les grosses chaleurs de l’après-midi, je décide de faire un tour en ville. On bien m’avertit de faire attention, d’être prudent et de refuser toute proposition de quelque trafic que ce soit, de ne jamais accepter de me charger d’une lettre ou d’un colis.
La toute première chose qui me surprend en arrivant en Haïti, c’est l’odeur : odeur de terre, odeur de détritus en décomposition, exhalations d’eaux croupies, d’excréments, de transpiration des corps sous la chaleur suffocante. Nous sommes à moins de cinq cents mètres de la mer, mais je ne sens aucun relent d’air marin.
À peine ai-je mis le pied dehors que je suis assailli par les marchands ambulants qui m’offrent à boire et à manger, qui me vantent leurs chapeaux, leurs casquettes, leurs vêtements, qui exhibent des cigarettes, des briquets, qui me proposent des piles électriques, des jouets en plastique, des billets de loterie…
Un jeune homme s’approche de moi et m’aborde en un français impeccable. Il me demande d’où je viens et je réponds que je n’ai besoin de rien.
« Même pas d’une jolie fille ?
-…
-Hey, tu ne cherches pas une jeune fille pour te tenir compagnie ? Celles que je te propose sont belles et brûlantes. Tu auras le choix. Elles n’attendent que toi !
-Non merci, ça ne m’intéresse pas.
-Vraiment ? Dommage ! Si jamais tu changes d’avis, tu n’auras qu’à me faire signe. Tu me trouveras facilement. J’ai beaucoup de clients dans le coin.
Ce que je veux c’est me promener un peu dans les rues de Port-au-Prince. Je longe la rue Paul VI et je me demande si ce pape savait qu’il y avait une rue à son nom ici. De nombreuses femmes foulards sur la tête se servent du trottoir comme étals et y vendent en portions individuelles du riz, des fèves, des noix, des fruits. D’autres préparent des repas à cinq gourdes sur des réchauds de charbon de bois, appelant les clients potentiels à la cantonade. Des personnes mendient ou dorment sur ces mêmes trottoirs, des enfants y meurent. Je vois des chiens efflanqués qui  se disputent un morceau d’os. Est-ce qu’on peut parler de misère humaine ?
Je bifurque vers le monument du Bicentenaire au milieu d’une cohue bruyante et animée. Je suis happée  par une fourmilière bigarrée et colorée sans cesse en mouvement; une fourmilière d’hommes et de femmes, de jeunes, qui déambulent tous, ou presque, portant leurs charges, sac sur le dos ou ballot sur la tête, paquets brinquebalants sur les ânes ou les charrettes, amoncellements de boîtes sur les vélos. Bien d’autres attendent qu’un taptap bariolé de couleurs évangéliques s’arrête et les mène à destination. Où vont-ils ? Où vont-ils donc tous ?
Je traverse le grand Parc de la Place Jean-Jacques Dessalines, le grand héros de la Révolution de 1804, premier empereur d’Haïti sous le nom de Jacques 1er et assassiné en 1806. En face se trouve l’imposant et tout blanc Palais présidentiel; un palais présidentiel sans président car celui-ci n’y met jamais les pieds. Plus loin s’étend le quartier populaire de Pétionville que je découvrirai dans les jours qui viennent tout comme l’immense Bidonville de Cité-Soleil.
Je prends quelques photos et je reviens vers Saint-Vincent par le même chemin.
Une fille me touche doucement le bras.
-M’sieur
Sa peau est douce et ses lèvres pulpeuses; elle est assez jolie avec son léger maquillage. Ses cheveux sont bien mis. Elle porte une robe légère sans manches qui laisse deviner la généreuse rondeur de ses seins. Elle m’implore des yeux. L’invitation est évidente. Elle a seize ou dix-sept ans, mais c’est dur de dire exactement. Qu’est-ce que je peux faire pour elle ? Je sais bien qu’elle a besoin d’argent, peut-être pour nourrir ses jeunes frères et sœurs et pour que personne ne meure de faim aujourd’hui. Que dois-je faire ?

Je passe mon chemin et je rejoins ma chambre. Troublé, j’attends l’heure du repas du soir. 

lundi 8 septembre 2014

Des rues pleines d’enfants

                Il y a une ville au Sud, où je suis déjà allé, où les rues sont pleines d’enfants.               
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*     *
Jose, Marco, Dario, Pepe, Enrique, Hermione, Rosa, Grita, Alicia, Claudio et Vanda, sont tous membres d’une même bande. Et c’est Jose, le chef de la bande.
Jose ne peut se souvenir du jour où il a commencé à vivre dans la rue; cela fait bien trop longtemps. Peut-être avait-il quatre ans, peut-être moins. Il aurait beau chercher, il n’a aucun souvenir d’avoir jamais vécu dans une vraie maison. Il a toujours vécu dans la rue. Avant il y était avec son grand frère Paulo, mais celui-ci a été tué et il est resté seul. En fait, il n’était pas seul, il était dans la bande de Djego. Mais ce dernier s’est fait recruté l’année dernière par un caïd et il fait maintenant partie des grands. C’est donc, Jose, le plus âgé qui a pris la relève, et à douze ans, il sait se faire obéir sans toutefois faire le dictateur. Il doit se faire obéir parce que ni lui ni les membres de sa bande n’ont le choix. Tout le monde dans sa bande sait que qu’il est essentiel de s’aider pour survivre, et que c’est d’ailleurs la seule façon de survivre. Tout le monde doit faire ce qui lui est dit, chacun doit apporter sa contribution, même le petit Claudio, le plus jeune de tous. Il a été recueilli par Hermione alors qu’il errait tout seul dans le marché. Quand Jose l’a appris, il n’était pas très content : il faudra le nourrir ce petit ! Finalement, les filles ont dit qu’elles « travailleraient » un peu plus pour rapporter sa part et Jose avait dû s’incliner.
Survivre au jour le jour… c’est le sempiternel recommencement des enfants de la bande de Jose. Le quotidien consiste essentiellement à faire en sorte qu’on se couche le soir sans avoir le ventre creux. La bande de José s’est trouvé un lieu près d’un dépotoir pour passer la nuit où finissent de rouiller des bidons  d’essence jetés là un jour par un revendeur anonyme. C’est dans ces bidons qu’ils s’allongent et qu’ils dorment. Ils y sont en relative sécurité. On assure quand même une veille constante, on ne sait jamais. Il faut constamment demeurer aux aguets. Une autre bande, ou encore la police même si c’est moins probable, ou des chiens, ce qui est nettement le plus dangereux, pourraient surgir. Si la nuit dans des bidons est pleine de bruits, de mystères et de mauvais rêves, le jour, lui, est une lutte sans fin et sans merci pour sa survie.
La vie est-elle dure pour ces enfants ? Personne ne se pose la question. Toute la journée, de l’aube au crépuscule, pieds nus, en haillons, au coin de rues qui leur a été assigné, ils s’astreignent à récolter le butin qu’ils doivent rapporter. Ils mendient, ils quémandent, insistent auprès des passants, harcèlent les touristes. Quand ça ne marche pas très bien, ils maraudent, ils vont des petits vols, des larcins, ils grappillent de la nourriture; ils fouillent dans les poubelles. Ils se débrouillent avec toutes sortes de magouilles; ils rançonnent les automobilistes qui viennent se stationner sur leur rue. Parfois ils trouvent des petits travaux, comme la vente de cigarettes volées. Tout ça en jouant au chat et à la souris avec tant les policiers, que les milices et les agents de sécurité privés que les commerçants engagent. Alors il faut changer de rue ou quartier, mais c’est difficile, et dangereux, car chaque bande a son territoire qui est sa chasse-gardée, et ça joue dur pour le conserver. Ils courent le risque se faire tabasser en s’approchant trop d’un territoire qui n’est pas le leur. Et le soir, dans leur refuge de vieux bidons, ils rapportent leur récolte, l’argent ou les denrées qu’ils ont réussi à ramasser, à glaner. Car on partage tout dans la bande. José est intransigeant sur ce point. Bien sûr, on peut ronger un noyau de mangue à midi, mais on rapporte tout et on met tout en commun. José sépare en parts équitables la nourriture recueillie et compte l’argent. Pendant que les filles préparent un semblant de table, il envoie deux garçons faire les courses avec l’argent récolté pour compléter le repas du soir et le maigre petit déjeuner du lendemain.
Pour la plupart, ces enfants ont été battus, violentés, et même chassés par leurs parents, tout simplement jetés à la rue. La plupart ne savent même pas qui sont leurs parents. Comme ils n’ont jamais été inscrits nulle part à la naissance, ils n’existent pas ; si en fait, pour les autorités ils existent comme une vermine dont il faut se débarrasser les rues de la ville. Les filles sont particulièrement à risque, plus faibles, plus vulnérables, plus désirables. José en est conscient et dans la mesure du possible, il essaye de protéger les filles de sa bande en ne les envoyant pas sciemment, par exemple, couvrir les coins les plus dangereux.
Ce sont justement deux de ses filles qui accourent vers lui à toute allure ce jour-là, alors qu’il fait le guet près du marché. « C’est anormal, se dit-il; il a dû se passer quelque chose. » Ce sont Hermione et Grita.
« Jose !! Jose !, crient-elles à bout de souffle. Elles pleurent, tout en émoi.
-Qu’est-ce qui s’passe ?
-C’est Claudio ! C’est Claudio ! Il est mort !
-Quoi ? Claudio ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
-Raconte Grita…
-Nous étions près des boulevards et nous gardions les voitures. Et il est arrivé une voiture avec un gros homme dedans et il voulait pas payer pour la protection. Alors Claudio s’est mis devant lui, et tu sais comment il fait quand il veut faire le "méchant", il met ses poings sur ses hanches comme ça, et il a fait les gros yeux au gros homme. Mais celui l’a repoussé avec son bras et Claudio, tout petit qu’il est, est tombé et a roulé dans la rue et juste à ce moment-là une autre voiture est passée et elle l’a frappé. Et il est mort !
-Alors, comme les filles ne savaient pas trop quoi, Alicia est restée là-bas et Grita est venue me chercher.
-On y va tout de suite.
Les trois enfants retrouvent Alicia assise par terre qui pleurniche avec la tête du corps inanimé de Claudio sur les genoux. Jose se penche vers lui; il voit la mare de sang.
-Claudio…
-Sniff… il n’y a plus rien à faire, pleurniche Alicia. La voiture l’a frappé à la tête et ne s’est même pas arrêtée. Et le gros homme, lui, quand il a vu ça il est parti à toute vitesse ! Pffoui !
Après un moment, Jose demande aux filles :
-Est-ce que vous savez qui c’était ?
-Non, tout ce que je peux dire c’est qu’il devait être assez riche : il avait une montre grosse comme ça et des bagues plein les doigts.
-Et il portait un drôle de chapeau !
-Oui, c’est vrai ce que tu dis Grita. Il avait un chapeau qu’on voit dans les films.
-Un chapeau de cow-boy ?
-Oui, je crois.
-Et sa voiture comment elle était ?
-C’était une grosse voiture… et elle était jaune.
Jose réfléchit.
                -Bon, on ne peut rien faire de plus pour l’instant. Essayons de trouver une couverture pour transporter le corps de Claudio.
                -Qu’est-ce qu’on va faire ?
-On va l’amener chez Padre Eduardo. Peut-être qu’il pourra l’enterrer…
Padre Eduardo est curé à l’église Nuestra Segnora de la Misericordia à quelques rues de là. Le samedi les femmes de la paroisse offrent sur le parvis de l’église un repas chaud aux miséreux du quartier. Et lorsque l’un des enfants a besoin d’une robe ou d’une chemise de rechange, l’une d’elle fouille dans des sacs de linge et trouve ce qu’il faut.
-Nous voulons parler au Padre ! C’est Claudio qui a été tué et on voudrait que le Padre l’enterre au cimetière.
-Allez jouer plus loin ! répond Juan Cherro le bedeau.
-Non ! Nous voulons parler au Padre !
-Oui ! C’est très important. Dites-lui que ce sont des enfants qui veulent le voir.
-Revenez plus tard, le Padre
-Mais on vient pas pour jouer, on vient pour un enterrement !
-C’est ça, il faut enterrer Claudio.
Juste à ce moment-là, ses dernières confessions faites, Padre Eduardo vient prendre un peu d’air sur le parvis.
-Padre ! Padre !
-Qu’y a-t-il les enfants ?
-Padre ! Claudio a été tué et on voudrait le faire enterrer dans le cimetière.
-Claudio a été tué ?!
-Oui, c’est une voiture qui l’a frappé et il est mort !
-Mes enfants, je ne peux pas l’enterrer dans le cimetière. Je n’en ai pas le droit.
-Mais qu’est-ce qu’on va faire alors ? On ne peut pas le jeter ni au dépotoir, ni dans la rivière !
-Non évidemment.
-Padre; si je peux me permettre, il y a un petit coin en friche tout au fond du cimetière. Personne n’y va jamais et le sol est trop pentu pour poursuivre le cimetière.
-Oui, c’est une bonne idée. Écoutez les enfants; laissez Claudio ici, et revenez ce soir.
-C’esr sûr que vous allez l’enterrer, Padre.
-Oui, revenez ce soir.

*
*     *

-Qu’est-ce qu’on va faire en attendant ?
-Maintenant on va tous se mettre ensemble et on va retrouver ce salaud qui a tué Claudio !
-Mais comment on peut faire ? On ne peut pas chercher dans toute la ville.
-Ben, nous sommes déjà dix, et on peut demander de l’aide. Les autres bandes d’abord; et puis il y a Djego aussi. Il faut qu’il nous aide…
Sans difficulté, Jose retrouve Djego.
-Jose !... Et Grita ! Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vus. Hey, Jose, tu es un vrai chef maintenant !
-On a besoin de toi, Djego. Quelqu’un a tué le petit Claudio et on veut que tu nous aides à le retrouver.
-Écoute, voilà ce que je peux faire : quand tu le retrouveras, appelle-moi ! Moi et les gars on surveillera les environs.
-Ça parfait Djego !
Tout l’après-midi, Jose et Grita font le tour des autres quartiers. Le plus souvent ils sont accueillis avec hostilité et animosité. Mais Jose connaît les chefs des divers groupes et répète à chaque le but de la collaboration qu’il recherche.
- On a besoin de toi. Le plus petit d’entre nous, Claudio, s’est fait tuer et nous voulons retrouver celui qui l’a tué. Vas-y Grita, dis-nous ce que tu sais.
-Il avait une montre grosse au poignet et des bagues plein les doigts. Et il portait une sorte de chapeau de cow-boy.
-Et il a une grosse voiture jaune.
-Et où est-ce que ça s’est passé ?
-Près des boulevards.
Graduellement, les enfants des autres bandes se mettent à parcourir les rues de la ville en tous sens.
Vers 16 heures, quelqu’un accourt.
-Venez, venez, on l’a trouvé !
Ils n’ont pas très loin à aller. Devant un salon de coiffeur, ils voient une grosse voiture jaune. À l’intérieur il y a plusieurs clients et l’un d’eux est en train de payer et s’apprête à payer.
-Vite, il faut rassembler tout le monde ! Vite, dépêchons-nous ! Allez prévenir Djego !
En quelques instants des dizaines d’enfants de tous âges se sont dissimulés dans tous les recoins de la rue. L’homme au chapeau sort de chez le coiffeur. À peine a-t-il fait quelques pas sur le trottoir qu’il est entouré par une cohorte hurlante d’enfants qui le bousculent, le houspillent, le chahutent; ils s’accrochent à ses vêtements qui se déchirent. Les enfants de la bande de Jose sont aux premières loges. L’homme se défend, il peste, il riposte, donne des taloches, des claques, de coups de poings et de pieds, mais les enfants s’agrippent à ses jambes, à ses bras, défont ses lacets. Il y a des enfants partout, il n’a aucun échappatoire. On le frappe au bas-ventre. Il est immobilisé. Il crie, il hurle, il appelle à l’aide, mais personne n’ose répondre : les hommes de Djego sont bien en vue. Péniblement, l’homme parvient jusqu’à sa voiture. Il attrape une poignée et réussit de peine et de misère à ouvrir une porte, mais les enfants sont sur lui; ils le frappent avec toutes sortes d’objets, ils le griffent, ils le piquent, ils le pincent, ils le mordent, ils lui tirent les cheveux, ils lui plantent les doigts dans les yeux. L’homme s’écroule dans sa voiture, ensanglanté, à demi-inconscient. Marco et Dario lui font les poches, lui enlève ses bagues et sa montre. Jose s’approche et avec une grosse pierre il lui fracasse le crâne. Tout est fini.
-Vite ! On s’en va !
Tous les enfants s’éparpillent, se dispersent dans toutes les directions et en quelques secondes, ils ont disparus. La rue est déserte. Cela prendra une bonne demi-heure avant que la police arrive.

                À la tombée du soir, la bande de Jose sont réunis autour du Padre Eduardo au fond du cimetière. Quelques autres enfants sont venus aussi. Et Juan Cherro est là également, une pelle à la main. Le Padre termine une courte cérémonie.
-Dieu d’amour et de tendresse, Dieu père de tous les enfants de la terre, aie pitié de nous et accueille ton enfant dans ton amour... Repose en paix, Claudio.
Alors Alicia et Grita prennent une poignée de terre et la jette en reniflant sur le petit tombeau de Claudio; ensuite Hermione et Rosa les imitent. Enfin, tous les enfants s’y mettent et avec leurs mains avec leurs pieds, presque rageusement, font basculer le tas de terre pour combler la fosse.

*
*     *
Il y a une ville au Sud, où je suis déjà allé, où les rues sont pleines d’enfants.               




lundi 1 septembre 2014

Nous n’irons plus au bois

Nous n’irons plus au bois
marcher main dans la main,
nous n’irons plus au bois
les arbres sont coupés;
d’abord les grands pins blancs majestueux
et puis les autres,  pins rouges, pins gris
les épinettes argentées
les sapins, les pruches, les thuyas
et aussi les érables
les bouleaux, les peupliers, les trembles, les merisiers
les chênes, les ormes, les hêtres…
tous tous sans pitié
ils ont été coupés
tous tous il n’en reste plus
il n’en reste plus rien
tous tous abattus, rompus, pelés,
par de gigantesques mâchoires
d’effrayantes machines
tronçonneuses, ébrancheuses, déchiqueteuses
qui les ont tous happés
en ravageant la terre;
elles l’ont piétinée, agressée, crevassée
l’ont rouée, l’ont écrasée, broyée
la laissant toute noire, toute nue, défigurée
tout est mort, tout est laid

Nous n’irons plus au bois

                mon amour rêver

lundi 25 août 2014

Je lève les yeux

Je lève les yeux et je regarde
                au-dessus de moi
le ciel est gris de gros nuages
                gorgés des vives pluies d’automne
sur lesquels se détachent
en lignes sinueuses
les longs vols d’oies sauvages
j’entends leurs caquetages
je les suis du regard
vers leurs lieux de repos
au loin, m’apparaissent les couleurs enflammées
                des forêts centenaires
des rouges, des oranges, des ors et des grenats
en tableau magnifique
feuilles bientôt mortes
                qui frémissent et frétillent
                sous le souffle du vent
                et les branches aussi
                avant la longue dormance de l’hiver
mon cœur s’exclame
ô grand mystère de la création
                que c’est beau
                que tu es beau


lundi 18 août 2014

Le voyage en nuages
                Je vais vous raconter une histoire de trois enfants sages. Je sais que tous les enfants sont sages, mais les trois enfants de mon histoire, ce sont les plus sages que je connaisse. Ils écoutent toujours leurs parents et ne font jamais de bêtises. Ces trois enfants sages s’appellent : Romane, Tom et Noémie. À la maison, en plus de maman et papa, il y a un chat qui s’appelle Flocon et un chien qui s’appelle Alice.
                Une des choses que ces enfants aiment le plus, c’est de se faire garder par le bon-papa. Leur bon-papa, il est super gentil et il a toujours des surprises quand il vient chez eux. Et il raconte aussi toutes sortes d’histoires incroyables !
                Donc, ce jour-là, bon-papa était venu garder Romane, Tom et Noémie pour permettre à papa et maman de passer un moment ensemble juste tous les deux. Et tous les quatre étaient au bord de la piscine… et ils regardaient les nuages.
                -Regardez celui-là, a dit bon-papa; on dirait qu’il a la forme d’un ballon dirigeable.
                -C’est vrai, ont répondu es enfants.
                -Et en voilà un autre, celui-là il ressemble à un avion; et l’autre à côté on dirait un papillon…  Oh! Ça me donne une idée. Aimeriez-vous ça les enfants de faire un voyage en nuages ?
                -Hein ? Un voyage en nuages ? Mais qu’est-ce que tu dis bon-papa ? Ça s’peut pas un voyage en nuages ! (Ça, c’est Romane qui vient de répondre.)
                -Bien sûr que ça s’peut ! a répondu bon-papa. Je vais vous montrer.
                Et aussitôt il se met à appeler : « Nuages, nuages ! Venez par ici ! Venez amener trois enfants sages en voyage ! »
                Et bien croyez-le, croyez-le pas, les trois nuages, celui en forme de ballon dirigeable, celui en forme d’avion et celui en forme de papillon, se sont approchés tout près tout près de la maison.
                Qui pensez-vous est montée dans le ballon dirigeable ? Mais oui, c’est Romane.
                Et qui est monté dans l’avion ? Exactement, c’est Tom ! Et qui est montée sur le dos du papillon ? Oui, c’est ça, c’est la petite Noémie.
-Viens avec nous bon-papa, ont dit les enfants.
-Je voudrais bien, a répondu bon-papa, mais un bon-papa c’est bien plus lourd que des enfants, et moi, je suis trop lourd les nuages; ils ne pourront pas me porter.
                Une fois les enfants bien installés, bon-papa a dit aux trois nuages : « Allez-y les nuages; amener ces trois enfants sages faire un beau voyage ! »
                Et les trois nuages ont amené Romane, Tom et Noémie, faire un beau voyage tout autour de la terre. Ils ont visité l’Afrique, l’Asie, l’Inde, le Japon, l’Australie, l’Océanie, le Pôle Nord et le Pôle Sud et même des îles de l’océan Pacifique que jamais personne n’avait encore visitées.
                Et ils sont revenus, sains et saufs, à la maison où papa les attendait, tout heureux d’avoir fait un si beau voyage en nuages. Et ils ont raconté à bon-papa tout ce qu’ils avaient vu en Afrique, en Asie, en Australie, en Océanie et même des îles de l’océan Pacifique que jamais personne n’avait encore visitées.
                Alors bon-papa a dit : « Au revoir, les nuages ! Merci d’avoir amener ces trois enfants sages en voyage ! »
                Et si vous trouvez cette histoire incroyable, allez voir bon-papa et il vous dira, lui, que c’est vrai !

Alice est disparue !
Je vais vous raconter une autre histoire, une autre histoire de trois enfants sages. Je sais que tous les enfants sont sages, mais les trois enfants de mon histoire, ce sont les plus sages que je connaisse. Ils écoutent toujours leurs parents et ne font jamais de bêtises. Ces trois enfants sages s’appellent : Romane, Tom et Noémie. À la maison, en plus de maman et papa, il y a un chat qui s’appelle Flocon et un chien qui s’appelle Alice.
                Une des choses que ces enfants aiment le plus, c’est de se faire garder par le bon-papa. Leur bon-papa, il est super gentil et il a toujours des surprises quand il vient chez eux. Et il raconte aussi toutes sortes d’histoires incroyables !
                Donc, ce jour-là, bon-papa était venu garder Romane, Tom et Noémie. Ce jour-là, comme il faisait beau et chaud, ils étaient tous les quatre dans la piscine en train de sa baigner. Romane, elle est super championne pour faire des plongeons en pirouette; Tom il vraiment bon  pour lancer les ballons dans l’eau; et Noémie, elle tout simplement extraordinaire : elle nage sous l’eau sans aucun problème et elle peut même traverser  toute la piscine en nageant.
                Mais voilà qu’Alice – Alice c’est la nouvelle chienne de Romane, Tom et Noémie – qui s’amusait bien à gambader autour de la piscine, a commencé à se demander pourquoi on ne s’occupe pas d’elle comme elle l’aurait voulu. Alors elle se m’est à fouiller dans le jardin, et en arrière du garage, et même dans les plates-bandes de fleurs en avant de la maison.
                Au bout d’un moment, bon-papa, en regardant autour de lui, se demande où elle est passée.
                -Où est Alice ? demande-t-il aux trois enfants.
                -Alice ? Elle est certainement partie ! répond Romane d’un ton très assuré.
                -Comment ça « partie » ?
                -Mais oui, depuis qu’on l’a, elle s’est déjà enfuie trois fois.
                Bon-papa est un peu perplexe de ces réponses, et  comme Papa et maman lui ont demandé de prendre soin de la maison et que prendre soin d’Alice ça fait partie de sa mission, il pense qu’ils ne seront pas très contents s’ils ne retrouvent plus leur chienne. Ils regardent derrière le garage, dans les plates-bandes de fleurs en avant de la maison et même en-dessous de la galerie ! Il est drôle de bon-papa ! Alors, ne retrouvant pas Alice autour de la maison, il ne fait ni une ni deux et fait monter les enfants encore tout mouillés dans la voiture et les voilà qu’ils partent tous les quatre à la recherche d’Alice.
                Les voilà qui parcourent les rues de la ville dans tous les sens en espérant apercevoir Alice. Ils commencent par faire le tour du parc Georges-Étienne Ladouceur, puis ils passent devant l’école Sainte-Marguerite de Romane; ensuite ils vont jusqu’à la station d’essence EKO et ils traversent même le centre d’achat de l’autre  côté de la rue. Et toujours pas d’Alice en vue. Mais où est-elle passée ?
                Juste au moment où ils arrivent au centre d’achat, ils voient dans le ciel une envolée de montgolfières. Chaque année il y a dans la ville, un festival de montgolfières, et, deux fois par jour, le matin et en fin d’après-midi, on peu assister à une envolée de montgolfières. C’est vraiment magnifique ! Il y en a de toutes les couleurs, des bariolées, des striées, de quadrillées. Il y en a même une en forme de baleine, une autre en forme d’éléphant et une autre en forme de soulier ! Celle-là, c’est la plus drôle. Et qui est-ce qu’ils voient dans le stationnement du centre d’achat le museau en l’air en train de regarder le défile de montgolfières ?
                -Alice !! crient-ils tous les quatre en la voyant.
                -Alice, monte dans la voiture ! ordonne bon-papa. Et ne t’avise pas de recommencer.
                -Mais bon-papa, dit Noémie qui ne manque pas du sens de la repartie, les chiens aussi ont le droit de regarder les monbolsières



mardi 12 août 2014

Ma tante Hortense
                Ma tante Hortense, elle est un peu vieille mais elle est très gentille; tout le monde l’aime. Elle habite toute seule dans une belle maison où il y a plein de fleurs de toutes les couleurs. Comme elle n’a pas d’enfants, quand on va lui rendre visite, elle nous sert des gâteaux et des biscuits qu’elle a préparés pour nous avec du chocolat chaud. Et quand on part, elle nous donne plein de bonbons en cachette de nos parents…  Vraiment, ma tante Hortense, elle est très gentille.
                Le seul problème avec ma tante Hortense, c’est qu’elle a une grosse verrue sur le nez; mais alors, vraiment une grosse grosse verrue noire, toute craquelée avec plein de poils dessus. Une vraie verrue de sorcière ! Ça nous fait un peu peur, et quand on arrive chez elle et quand on part, il faut bien lui faire un bisou; mais je vous jure qu’avec cette verrue sur le nez, même si elle était très gentille, on n’a pas très envie de lui faire un bisou.
                Mais un jour, un médecin qu’elle est allée voir lui a dit de tremper sa verrue chaque jour dans un bol d’eau tiède avec un mélange d’alcool médical et de jus de réglisse !
                Et alors chaque jour, ma tante Hortense a trempé sa verrue dans un bol d’eau tiède avec son mélange d’alcool médical et de jus de réglisse.
Chaque jour, pendant un mois ! ma tante Hortense a trempé sa verrue dans un bol d’eau tiède avec son mélange d’alcool médical et de jus de réglisse.
                Et le plus beau, c’est que sa verrue est disparue ! On peut maintenant lui donner des bisous sans problèmes !
                Et on lui en donne plein plein car elle est super ma tante Hortense sans sa verrue !




Le cactus de Noël
                Dans le salon, chez moi, il y a un cactus de Noël. On pense toujours que les cactus ça pique avec toutes les épines qu’ils ont. C’est vrai et c’est pas vrai parce que les cactus de Noël, ils ne piquent pas. Au contraire, quand ils fleurissent ils font de très belles fleurs qui peuvent être roses ou blanches.
                Dans mon salon, chez moi, j’ai un cactus de Noël qui fleurit une fois par année. Et comme tous les cactus de Noël, il fait beaucoup de belles fleurs roses.
                Le problème avec mon cactus de Noël, c’est qu’il ne fleurit pas à Noël, qui est, comme le sait le 25 décembre, mais au mois de novembre ! Un cactus qui fleurit un mois de novembre, ça c’est un peu bizarre. Surtout que quand on arrive à Noël, mon cactus de Noël a tout perdu ses fleurs et il n’est plus qu’un cactus sans fleurs.
                Il fallait bien trouver une solution.
                Et la solution c’est ma petite sœur qui l’a trouvée : puisque notre cactus de Noël fleurit en novembre au lieu de fleurir en décembre, elle a demandé pourquoi on ne pourrait laisser le mois d’octobre à notre calendrier au lieu du mois de novembre et le mois de novembre au lieu du mois décembre; comme ça, quand le cactus de Noël va voir sur le calendrier que c’est le mois de novembre il va se mettre à fleurir, mais en vérité ce sera le mois de décembre !
                Ça semble un peu compliqué, mais c’était très simple. Et ça a marché : notre cactus de Noël était tout fleuri pour Noël !

                Le problème, c’est que comme sur le calendrier de la maison il y avait le mois de novembre au lieu du mois de décembre, on a presque oublié de fêter Noël. Heureusement que maman était là pour y penser !

vendredi 8 août 2014

Les nuages en voyage

Tout le monde aime regarder les nuages dans le ciel.

Bien sûr, les enfants aiment regarder les nuages, et les mamans et les papas aussi.

Il y a toutes sortes de nuages : des petits, des gros et des très très gros. Il y en a qui sont longs, d’autres qui sont tout en boule. Il y en a qui sont tout blancs et d’autres qui sont gris. Certains qui sont joyeux et d’autres qui ont l’air triste.

Ce qui est drôle, c’est que les nuages prennent toutes sortes de formes.

En voilà un qui a la forme d’une montagne. En voilà un qui ressemble à un dinosaure. Celui-là, il a l’air d’un bateau. Et celui-ci, on dirait une fusée. Et lui, on penserait presque que c’est un énorme chou-fleur !

Il y en a un qui est vraiment comme un gros chien qui dort au coin du feu. Et un autre à côté, il a la forme d’un champignon, à moins que ce ne soit un parapluie ? Et lui, il est pareil à une tortue. J’en vois un, oh la la, on dirait un grand dragon qui a la gueule ouverte et il crache même du feu !

Toute la journée, les nuages continuent leur voyage dans le ciel.

Et le soir, ce que les gens ne savent pas, c’est qu’à la fin de leur voyage, tous les nuages se rassemblent et se mélangent : le dinosaure avec le bateau, avec le champignon et avec le chien, avec la tortue et avec le bateau et la montagne, avec la fusée et même avec le dragon !

Et demain, quand les nuages repasseront peut-être que je verrai un éléphant ou une patate, un brocoli ou un gros chat, une banane ou une bicyclette à trois roues !

Bon  voyage, tous les nuages !





Le matou jaune, l’oiseau bleu et le poisson rouge

Un gros matou jaune s’en va faire une promenade au Parc régional. Rendu là, il se couche sur le bord du petit lac car il est fatigué de cette longue marche. Et pour se reposer, il fait tremper dans l’eau le bout de ses pattes de devant.

Entre ses paupières à moitié fermées, il voit, dans le lac, un poisson  rouge qui fixe le bout de ses pattes. Est-ce qu’il aurait envie de le croquer, par hasard ?

Mais voilà qu’au même moment, un petit oiseau bleu virevolte au-dessus de la tête du gros matou jaune. Est-ce qu’il aurait aussi envie de croque l’oiseau bleu ? L’oiseau bleu se pose juste lui aussi juste au bord du petit lac. Et en baissant relevant sa tête, il boit quelques gorgées d’eau.

-Ahhh, j’avais soif ! dit le petit oiseau bleu. Ça fait du bien de boire et de pouvoir se reposer. C’est fatigant de toujours voler.

-Eh ! moi aussi je suis fatigué, riposte le gros matou jaune. Tous les jours je dois marcher et sur les trottoirs qui sont durs durs en plus ! Ça me fait mal aux pattes. J’aimerais bien pouvoir voler comme toi.

-Et qu’est-ce que je devrais dire, moi ? demande le poisson rouge en sortant la tête hors de l’eau. Toute la journée je passe mon temps à nager sans jamais sortir du lac. Qui voudrait bien changer de place avec moi ?

Mais ni le matou jaune ni l’oiseau bleu ne répond.

Heureusement ! Car vraiment ce serait rigolo, ne croyez-vous pas ? de voir les chats voler dans les airs, de voir les oiseaux nager dans les lacs, et de voir les poissons marcher sur le trottoir jusqu’au Parc régional !

Ah oui, ce serait vraiment rigolo !